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Communiqués de presse

Marchés pétroliers : à la recherche d’un nouveau prix d’équilibre - L’analyse d’IFP Energies nouvelles

03 février 2016

Evolution des prix du pétrole : d’une moyenne de 52 $/b en 2015 à 30 $/b en janvier 2016

Le Brent se situe en janvier à environ 30 $/b, en dessous du seuil bas de fin 2009 après la crise des subprimes. Il faut remonter à 2003 pour retrouver des cotations équivalentes. Pour mémoire de 2000 à 2004, le Brent a évolué entre 20 et 40 $/b.

Cette baisse s’est effectuée en quatre temps :

  • un recul rapide entre juin 2014 et janvier passant de 115 $/b à 47 $/b environ ;
  • une remontée jusqu’à 66 $ en mai 2015, liée à une vision positive du contexte économique mondial et au risque géopolitique engendré par les tensions au Yémen et l’intervention de l’Arabie saoudite en mars ;
  • une volatilité en été autour de 40 à 50 $ ;
  • enfin, un effondrement quasi continu jusqu’au niveau actuel de l’ordre de 30 $/b. Le Brent a atteint 26 $ le 20 janvier en raison des incertitudes économiques (avant de remonter depuis à 33 $ sous l’effet des rumeurs de discussions entre la Russie et l’Arabie saoudite pour baisser la production).

Le niveau annuel moyen du Brent a atteint 52 $/b en 2015 en recul de 47 % par rapport à 2014. Il s’agit d’un niveau équivalent à la moyenne de 2005. Dans l’hypothèse d’un prix atteignant 40 à 60 $ en fin d’année, la moyenne 2016 du Brent se situerait entre 38 et 53 $/b.

 

Les raisons du changement de stratégie de l’Arabie saoudite

Le retournement observé depuis juin 2015 résulte du changement de structure du marché lié à la hausse des huiles de schiste (Light tight oil) américains depuis 2011. La décision de l’Arabie saoudite de ne plus soutenir les prix résulte de ce constat et de l’analyse suivante :

  • Le phénomène des huiles de schiste n’est probablement pas la bulle évoquée par certains, mais ressemble à un phénomène structurel comme ce fut le cas pour les shale gas ;
  • Un changement structurel n’est pas gérable par des ajustements de production comme cela fut le cas dans les années 80 (contre choc de 1986). La défense du prix conduirait à une perte grandissante de parts de marché pour l’OPEP et donc surtout pour l’Arabie saoudite ;
  • En effet, les pays OPEP susceptibles d’agir en réduisant leurs exportations ne le feront pas : l’Irak renforce sa production et l’Iran attendait la levée des sanctions pour l’augmenter ;
  • Face à ce constat, l’Arabie saoudite a décidé de ne plus défendre le prix et de produire sans contrainte. Si l’impact financier est très négatif pour l’Arabie saoudite à court terme, il est néanmoins gérable. Le bilan pourrait être positif sur le long terme ;
  • Les impacts géopolitiques voulus ou collatéraux ne sont pas obligatoirement négatifs pour l’Arabie saoudite : impacts sur les Etats-Unis, sur les voisins chiites et sur la Russie.

 

Le changement de structure du marché

Les huiles de schiste et la décision OPEP ont complétement bouleversé le marché. Jusqu’en juin 2014, le prix était défini par les huiles très lourdes, les pétroles les plus coûteux, prix renforcé par une prime de risque liée aux tensions géopolitiques susceptibles de menacer la production.

La situation est désormais radicalement différente, ce qui explique la recherche d’un nouveau prix d’équilibre. Il n’y a plus d’acteurs pour soutenir les prix dans un contexte d’abondance de l’offre. La baisse du prix depuis 2014 reflète cette situation : il s’agit désormais d’un prix de destruction des excédents, favorisant la demande et réduisant l’offre hors OPEP. Les effets ont commencé à se faire sentir en 2015.

La demande a ainsi connu un rebond marqué l’an dernier, portée par les pays occidentaux en Europe, mais surtout aux Etats-Unis. Ce retournement est historique alors que la demande dans ces zones ne cessait de baisser depuis 2005. Côté offre, les premiers signes de recul se font sentir aux Etats-Unis. Ils sont inférieurs à ce qui était envisagé il y a un an. Mais la baisse drastique de l’activité de forage aura progressivement des effets qui pourraient être significatifs en 2016. Au niveau mondial, la baisse des investissements dans le domaine de l’amont (- 20 % en 2015 environ) pèsera aussi progressivement sur les approvisionnements.

Cette période d’ajustement est évidemment source d’instabilité pour les cours du baril. Il est en effet extrêmement difficile d’évaluer le prix nécessaire pour détruire les excédents. La volatilité observée en 2015 a été renforcée à partir du 3e trimestre par les incertitudes économiques concernant les pays émergents et bien sûr la Chine, gros consommateur de matières premières. Le doute s’est, de plus, installé sur la réalité des chiffres concernant la

croissance économique de ce pays. Ce n’est pas seulement un ralentissement qui est évoqué mais bien l’idée d’un atterrissage brutal. Cette incertitude, qui a fait dévisser les marchés financiers et pétroliers fébriles en janvier, continuera de peser tant qu’elle ne sera pas levée par des éléments positifs.

 

Des fondamentaux difficiles à cerner pour 2016

Les variations de court terme sont extrêmement difficiles à anticiper. La situation actuelle marquée par l’instabilité des marchés financiers et une inquiétude économique particulièrement forte pèse, en tout état de cause, sur le cours du baril. Il se peut aussi que des facteurs purement financiers accentuent les évolutions en cours. Mais en tendance, ce sont surtout les excédents d’offre qui influencent le prix. Il s’agit donc de savoir si l’équilibre entre offre et demande est susceptible de se rétablir cette année.

Côté demande, il existe une incertitude forte sur sa croissance en 2016. Elle est estimée actuellement à 1,2 Mb/j par l’AIE. Mais, du fait d’une conjoncture économique fragile (+ 3,4 % en 2016 voire moins ?), un réajustement baissier comme ce fut le cas en 2014 n’est pas à exclure. Aux Etats-Unis par exemple, une fin de cycle haussier est évoquée. Pour la Chine, des indicateurs laissent supposer une croissance économique moindre que les 6,3 % envisagés par le FMI. De façon plus large, la plupart des pays émergents sont dans une situation de grande instabilité, renforcée pour certains par la chute des cours des matières premières dont ils sont d’importants producteurs.

Côté offre, de nombreux facteurs sont susceptibles de peser sur le marché. L’Iran pense pouvoir renforcer son offre de 0,5 Mb/j à court terme, effet probable des stocks estimés à 45 Mb. Ce pays s’estime aussi en mesure d’accroitre de 0,5 Mb/j ses exportations dans les 6 à 12 mois à venir. D’autres pays de l’OPEP pourraient également mettre plus de pétrole sur le marché, à l’image de l’Irak, l’Arabie saoudite, voire éventuellement la Libye si la situation interne le permet.

A l’inverse, la production des pays non OPEP devrait baisser en 2016, en particulier celle des Etats-Unis. Nos estimations envisagent un recul de l’ordre de 0,7 Mb/j par rapport à 2015 (une baisse de 1 Mb/j de la production en provenance des bassins à shale, compensée en partie par une hausse de la production de pétroles conventionnels).

Au total, il est difficile de trancher entre deux scénarios : excédents significatifs tout au long de l’année et début de rééquilibrage au second semestre. Mais il existe désormais un risque de voir les prix stagner à des niveaux relativement faibles en 2016. En revanche, si l’on se place à moyen/long terme, les niveaux actuels des prix à moins de 30 $ ne semblent pas tenables (en dehors de scénarios extrêmes côté offre ou demande). Le prix d’équilibre dépendra in fine du coût des pétroles mobilisés pour répondre aux besoins futurs. Les prix pourraient se situer entre 40 et 80 $/b en fonction de la situation du marché. Les efforts actuels fournis pour réduire les coûts de production et le retour potentiellement rapide des productions des huiles de schiste ne plaident pas dans le sens d’une remontée des prix à des niveaux très élevés.

 

Les impacts sectoriels et économiques

Les impacts sont évidemment positifs sur le prix des produits pétroliers en recul en janvier 2016 de 8 et 13 ct€/l en France par rapport à 2015. La facture pétrolière et gazière française en retrait de 15 Mrd€ en 2015 (0,7 % du PIB) pourrait encore reculer de 9 Mrd€ (0,4 % du PIB) en 2016 en tablant sur un Brent à 40 $/b. Cette baisse a des effets positifs pour l’ensemble des pays importateurs, avec une nuance aux Etats-Unis où 42 sociétés pétrolières seraient en faillite (recensement depuis janvier 2015 de Haynes and Boone). L’enjeu pour les banques en termes de crédit serait néanmoins modéré (poids des crédits pétrole de 1 à 6 % du total des encours). Pour les pays exportateurs, cette situation pose le problème pour beaucoup de la croissance économique et de la stabilité budgétaire, et in fine, sociale (Venezuela, Brésil, Algérie, Nigeria, Irak, Russie, etc.).

Pour les autres énergies, il convient de mentionner l’effet baissier pour le gaz naturel, résultant du lien direct avec le prix du pétrole en Asie et indirect en Europe. Dans cette zone, les prix de gros de l’électricité sont de ce fait aussi en forte baisse (30 €/Mwh). Les énergies renouvelables du secteur électrique ont en revanche été épargnées : les investissements 2015 sont en hausse de 4 % d’après BNEF à 329 Mrd$ dans le monde (Chine 110 Mrd$).


Contact presse

De Marignan

Anne-Laure

Tel. : 01 47 52 62 07

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