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Comment renouveler les réserves ?

L'avenir du pétrole

Dans un contexte où le pétrole continuera de jouer un rôle prépondérant dans les prochaines décennies et en attendant que des énergies de substitution puissent prendre massivement le relais, il est indispensable de mobiliser de nouvelles réserves et les investissements qui les accompagnent.

Roland Vially, ingénieur géologue à IFP Energies nouvelles, répond à nos questions

> Peut-on encore faire de nouvelles découvertes ?

R.V. : Bien que depuis les années 1980, le volume de pétrole découvert soit inférieur au volume produit, le potentiel de nouvelles découvertes en pétrole conventionnel demeure important car certaines régions restent peu ou pas explorées (Arctique, domaines terrestres et maritimes ultra profonds, zones géologiquement complexes, pièges stratigraphiques, etc.). L'amélioration des outils de prospection sismique (détection des pièges mais aussi géométrie fine des réservoirs), les progrès réalisés dans la connaissance et la modélisation de bassins sédimentaires par reconstitution de l'histoire géologique et pétrolière d'un bassin (présence et nature des hydrocarbures) permettent d'envisager de nouveaux champs d'exploration. Tel est le cas par exemple des importantes découvertes réalisées en 2008 au large du Brésil (Tupi, Carioca, etc.), qui n'auraient pas pu être envisagées en l'an 2000, et qui ont permis de mettre à jour plus de 30 milliards de barils équivalent pétrole par plus de 2000 m d'eau et sous 5000 mètres de couvertures sédimentaires.

> Comment optimiser l'exploitation des gisements ?

R.V. : Il est important de rappeler, qu'en moyenne, seul un tiers des volumes de pétrole contenu dans les réservoirs est aujourd'hui récupéré. Or un pour cent supplémentaire de récupération, sur l'ensemble des gisements, correspond à une année de consommation mondiale. Améliorer le taux de récupération constitue donc un enjeu majeur. Diverses techniques peuvent être mises en œuvre afin de maximiser l'extraction du brut. Depuis une meilleure connaissance des caractéristiques du réservoir via la modélisation de son architecture et permettant une implantation optimale des puits, jusqu'à l'injection de produits divers (eau, gaz, polymères, tensio-actifs, etc.) permettant de favoriser la production des hydrocarbures au détriment de la production d'eau.

> Quel est le potentiel des pétroles dits non conventionnels ?

R.V. : En ce qui concernant les sables bitumineux et les huiles lourdes, 600 milliards de barils pourraient être produits, soit environ vingt années de consommation mondiale au rythme actuel. Ce sont pour la plupart des pétroles denses et fortement visqueux qui posent de nombreux problèmes techniques pour être exploitables, tant dans le domaine de la production et du transport que du raffinage. Les recherches menées à IFP Energies nouvelles visent à lever ces verrous technologiques et à réduire les coûts, en veillant au respect de l'environnement, notamment sous l'angle des émissions de CO2 et de l'utilisation de la ressource en eau. En effet, pour atteindre des taux de récupération importants, il est nécessaire de chauffer les huiles lourdes pour les fluidifier en injectant de la vapeur. La génération de cette vapeur entraîne l'émission de grandes quantités de CO2 ainsi qu'une grande consommation d'eau qu'il est impératif de réduire pour limiter l'impact environnemental. Depuis 2010, les pétroles de roche-mère sont exploités dans le bassin de Williston (Dakota du Nord) et dans le bassin d'Eagleford (Texas) aux USA.
 La production se développe très rapidement et atteint déjà 1 million de barils/jours.
 D'autres bassins, comme ceux du Neuquen en Argentine ou le bassin ouest sibérien, présentent un fort potentiel et font l'objet d'une intense exploration.
 Aussi, les essais de production dans le bassin de Paris en 2010/2011 seront étudiés avec beaucoup d'intérêts.

> Et l'offshore ?

R.V. : La production offshore représente 30 % de la production mondiale; elle est donc indispensable à notre approvisionnement énergétique. Il y a eu, ces dernières années, de grandes avancées technologiques dans le domaine de l'exploration et de la production par grande profondeur d'eau (> 1000 mètres d'eau) mais cette production reste complexe et coûteuse.

> En quoi l’augmentation du prix du baril peut-elle encore repousser l’échéance ?

R.V. : Quand le prix du baril est élevé, le seuil de rentabilité est abaissé. Bon nombre de gisements jugés autrefois comme non rentables peuvent alors être mis en production. De même, il devient possible de prolonger la production de gisements dont les coûts redeviennent compétitifs. On peut aussi avoir recours à de nouvelles technologies plus onéreuses mais plus sophistiquées pour mettre en production mais surtout pour augmenter les taux de récupération et fournir ainsi d'importantes réserves additionnelles. L'augmentation du prix du baril permet ainsi d'augmenter les réserves par l'accès à de nouveaux gisements et par l'obtention de gains de production. Un effet indirect réside aussi dans la demande des consommateurs; un prix élevé des hydrocarbures à tendance à freiner la consommation au profit d'autres énergies notamment des énergies renouvelables. Cette baisse de la demande repousse mécaniquement l'échéance de la "fin du pétrole"

> Alors, du pétrole jusqu’à quand ?

R.V. : Bien que le pétrole soit exploité depuis plus de 150 ans, les ressources potentiellement exploitables sont encore considérables. Elles pourraient dépasser les 1 000 milliards de barils, voire atteindre les 2 500 milliards si on exploitait de façon optimale les pétroles conventionnels et si on produisait les pétroles non conventionnels. Néanmoins, l'exploitation de ces ressources et leur transformation en réserves dépend de nombreux paramètres : croissance de la demande, évolution du prix du baril, capacités d'investissement, contexte géopolitique, politique des pays producteurs, disponibilité des moyens techniques et humains, etc.
 Quoiqu'il en soit on produira et on consommera du pétrole jusqu’à la fin de ce siècle, et même au-delà. Compte tenu de l'inertie du système énergétique – durée de vie des installations industrielles, temps indispensable pour que les solutions de remplacement arrivent à maturité – une période de transition est nécessaire. Cette période permettra de faire évoluer les parts respectives des énergies fossiles et renouvelables et aux consommateurs d'adapter leur mode de vie.»

 

Liens utiles :

>> Connaissance des énergies 
>> SPE (Society of petroleum engineer)
>> UFIP (Union Française des Industries Pétrolières)

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