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Marchés pétroliers et crise de la dette : tendances et enjeux

août 2011

Les enjeux financiers et économiques liés à la réduction des dettes des pays occidentaux sont à l'origine des corrections violentes du mois d'août sur les marchés. Entre le 21 juillet et le 11 août, le Dow Jones a ainsi perdu 12 % (16 % au plus fort), entraînant les marchés pétroliers dans son sillage. Le Brent, en phase instable, oscille désormais entre 100 et 110 $/b contre 110 à 125 $ avant le 21 juillet.
 Au-delà des oscillations de court terme, les tendances à venir sur le marché pétrolier seront affectées par le biais des réajustements envisageables de la croissance économique mondiale.

Guy Maisonnier

Guy Maisonnier, économiste à IFPEN, nous livre son analyse.
  

Correction ou rupture depuis le 21 juillet ?

La fragilité européenne marquée par la nécessité d'un second plan d'aide à la Grèce le 21 juillet 2011, conjuguée avec la dégradation de la note souveraine américaine par l'agence chinoise Dagong le 3 août puis par Standard & Poor's le 5, sont à l'origine d'une onde de choc pour les marchés. Ce n'est pas la première puisque des corrections importantes sont déjà intervenues en janvier et surtout mai 2010 (- 20 $ sur le Brent en un mois) et en juin 2011, toutes liées aux inquiétudes sur la situation d'endettement des pays occidentaux.
 La création en mai 2010 du Fonds européen de stabilité financière (FESF) et les politiques de soutien (taux d'intérêt faibles, q uantitative easing) avaient permis de rassurer les marchés. Poussé par ailleurs par des perspectives économiques jugées favorables et par les résultats positifs des sociétés, le Dow Jones atteignait les 12 800 points début mai, revenant à son niveau de mars 2008. La crise de septembre 2008 était ainsi effacée par la bourse américaine, même si le record historique à plus de 14 000 points était encore loin. Il fut atteint en août 2007, date du début de la crise des subprimes.

Évolution du Dow Jones et du Brent - 1995/2011 et depuis 2 ans

Par rapport aux soubresauts que l'on a déjà connus, qui avaient été assez vite corrigés, il semble que l'on soit entré dans une nouvelle vision, caractérisée par un risque financier renforcé et par une remise en cause possible de la croissance pour l'ensemble des pays occidentaux. Ces deux points sont à l'origine du retournement sur le marché pétrolier, qui intègre une composante liée à la panique financière, mais aussi une composante rationnelle due à un possible ralentissement économique mondial. Les indicateurs avancés, en particulier le dernier c omposite leading indicators de l'OCDE publié en août, confirment un retournement de tendance au niveau mondial.
  

Une révision possible de la croissance économique mondiale...

Le scénario d'une croissance économique potentiellement amputée par l'endettement public était régulièrement envisagé par le FMI ou l'AIE par exemple. Cela ne constituait néanmoins pas le scénario de référence proposé par le FMI. La correction du mois d'août prend à nouveau en compte ce risque, révélé en partie par une cohésion politique aux États-Unis jugée insuffisante pour prendre les mesures adéquates. Volonté politique, cohésion européenne, coopération avec la Chine en particulier seront indispensables pour tenter de rassurer les marchés et maintenir une croissance aujourd'hui menacée.
 Le scénario autour de 2,5 % pour les pays occidentaux jusqu'en 2015 évoqué par le FMI en juin 2011 peut apparaître comme optimiste au regard du contexte actuel et des tendances historiques lourdes. Un réajustement à la baisse impacterait inévitablement la croissance des pays non OCDE, estimée autour de 6,6 % avant cette nouvelle crise. Les mouvements passés montrent en effet un lien encore étroit entre les puissances occidentales et les pays émergents. Globalement, un ralentissement de l'économie mondiale en dessous des 4,5 % est donc envisageable, ce qui aurait des répercussions sur l'équilibre pétrolier.

Croissance économique par zone : historique, tendances et prévisions - 1994 à 2015

... un impact plus ou moins sensible sur le marché pétrolier

Sur la base des liens existants entre croissance et demande de pétrole, il est possible d'estimer le recul de la demande de pétrole à environ 0,6 Mb/j, soit – 0,7 %, pour chaque point de croissance en moins. Ce niveau de 0,6 Mb/j est loin d'être négligeable : c'est environ 1/3 du potentiel libyen qui a disparu depuis les évènements survenus dans ce pays en février dernier.
 Ce serait néanmoins probablement insuffisant pour fortement réduire la pression sur le prix, due à la faiblesse des capacités excédentaires de production. Avec la hausse de 1 Mb/j depuis janvier de la production de l'Arabie Saoudite (9,8 Mb/j) pour compenser le recul libyen, elles se situent désormais à 4 Mb/j contre 6 Mb/j environ en 2010. Ainsi, sur la base d'une baisse de 1 % de la croissance mondiale, un prix d'équilibre entre 100 $/b et 110 $/b serait envisageable, en ligne avec le réajustement actuel du marché.
 Un contexte de stagnation pour les pays occidentaux, impactant la croissance mondiale à hauteur de 2 %, pourrait en revanche aboutir à une correction plus sévère. Cela offrirait 1,2 Mb/j supplémentaire en termes de capacités excédentaires, ce qui pourrait justifier un retour vers les 80 $/b, en ligne avec les coûts marginaux les plus élevés.
 Au-delà du seul paramètre économique, les évolutions à venir pour le prix du pétrole intégreront également d'autres facteurs :

  • une décote éventuelle de "panique" dans l'hypothèse à nouveau de craintes financières, en particulier sur le secteur bancaire. C'est ce que l'on a connu en août et bien entendu de septembre 2008 à janvier 2009. Le prix du pétrole, de façon ponctuelle, peut descendre à des niveaux exceptionnellement bas (exemple les 30/40 $/b fin 2008). Des corrections interviennent assez vite pour revenir vers des prix en ligne avec les coûts de production les plus élevés.
  • une prime géopolitique qui évoluera en fonction de la situation en Libye et plus généralement au Moyen-Orient. Cette prime a fait passer le Brent de 90 $/b environ fin 2010 à 110 $/B début 2011. Un retour progressif de la Libye sur le marché en l'absence de nouveaux évènements réduirait fortement cette prime.

Globalement, si l'on exclut les mouvements de court terme qui pourront être très réactifs, les tendances de fond seront donc portées par les scénarios économiques et géopolitiques à venir. Hors contexte géopolitique exceptionnel, une palette de prix assez large, comprise entre 80 et 110 $/b pour le Brent peut être envisagée actuellement. Elle exprime les options possibles en matière économique entre stagnation et croissance molle pour les pays occidentaux.
  

Conséquence sur les produits pétroliers français

Une variation de 10 $/b a pour effet de réduire le prix TTC des produits pétroliers d'un peu plus de 5 ct€ TTC/l. 10 $/b est en effet équivalent à 0,06 $/litre (1 baril = 159 litres), soit 4,5 ct€ HT/l, sur la base d'un taux de 1 € = 1,4 $, et environ 5 ct€ TTC/l si l'on inclut la TVA (19,6 %).
 C'est l'ordre de grandeur de ce que l'on a pu observer entre le 22 juillet (119 $/b) et le 12 août (108 $/b). L'essence SP95 est passée en moyenne de 1,531 €/l à 1,489 €/l sur cette période, et le gazole de 1,347 à 1,303 €/l.
  

Impacts sur le marché de l'énergie

En dehors de l'Europe continentale, le prix du pétrole impacte peu les autres marchés de l'énergie. C'est vrai par exemple au Royaume-Uni, où le gaz naturel est désormais en concurrence essentiellement avec le charbon pour la production d'électricité. Sur le marché américain, la forte croissance de la production de gaz naturel a créé un marché quasi autonome dont le prix dépend des coûts de production. En revanche, en Europe continentale, le prix du gaz est encore largement dépendant du prix des produits pétroliers dans le cadre des contrats conclus sur le long terme. Une baisse éventuelle du prix du pétrole permettrait de réduire la pression haussière sur ce marché, avec toutefois un délai de quelques mois lié aux formules contractuelles de calcul du prix.
  
  

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Les Rendez-vous avec Guy Maisonnier

Les fluctuations du prix du pétrole, du gaz et des produits pétroliers et la conjoncture géopolitique internationale - les analyses de Guy Maisonnier, Economiste à IFP Energies nouvelles.

- AVRIL 2011
 -  MARS 2011
 -  FÉVRIER 2011
 - DÉCEMBRE 2010 - Comprendre les variations du prix du pétrole
 - OCTOBRE 2009
 -  JUIN 2009
 -  MAI 2009

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+ Les clés pour comprendre > Le contexte économique > Le prix du pétrole
+ Les grands débats > Quel avenir pour le pétrole ?
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