Recherche
Accès direct
Accueil
Accueil > Espace Découverte > Tous les Zooms > Marchés pétroliers et crise de la dette : tendances et enjeux > Le rendez-vous avec Guy Maisonnier, économiste à IFPEN [Mars 2011]

Le rendez-vous avec Guy Maisonnier, économiste à IFPEN [Mars 2011]

mars 2011

IFP Energies nouvelles (IFPEN) tient à exprimer toute sa compassion et sa solidarité au peuple japonais.

Le drame vécu par le Japon, après le séisme et le tsunami du 11 mars, suivi par l'accident nucléaire majeur, a également des implications pour le secteur énergétique mondial. Au-delà des effets potentiels de moyen terme pour ce qui est du nucléaire, des répercutions sur les marchés pétroliers et gaziers sont à prévoir dès cette année . Une incertitude supplémentaire pour le marché alors que l'évolution de la situation au Maghreb et au Moyen-Orient reste encore largement imprévisible.
Guy Maisonnier, économiste à IFPEN, fait le point sur les implications de court terme.

Guy Maisonnier
  • Comment expliquer les évolutions contradictoires en cours, prix du pétrole en recul d'un côté et prix du gaz court terme en hausse ?

La baisse du pétrole, qui n'était que de 3 $/b jusqu'au 14 mars, s'est accélérée pour le Brent, cotation de référence pour le marché européen. Il a à nouveau perdu 3 $/b dans la journée du 15 mars pour se situer à 110 $/b, restant malgré tout à des niveaux encore élevés (la moyenne de 2010 était de 80 $/b). L'inquiétude sur le recul de la croissance économique mondiale après les évènements dramatiques survenus au Japon en est à l'origine. La baisse très importante des marchés financiers confirme cette inquiétude. Le risque économique contrebalance désormais le risque géopolitique.

Soulignons par ailleurs les besoins probables du Japon d'importations de produits pétroliers (4,4 Mb/j consommés soit 5 % de la demande mondiale), alors que 6 des 27 raffineries sont arrêtés à cause du séisme (1,3 Mb/j affectés sur 4,6 Mb/j de capacités). C'est un facteur potentiellement haussier.

  • Pourquoi cette hausse pour le gaz naturel "spot" ?

Sur le marché gazier, la hausse des marchés spots, c'est-à-dire de court terme, s'explique par l'indisponibilité d'une partie du parc nucléaire au Japon. 11 unités, appartenant aux opérateurs japonais Tepco, Tokyo Electric Power Co. et Tohoku Electric, seraient à l'arrêt représentant une perte de puissance de 10 GW. En supposant une compensation totale par des centrales fonctionnant au gaz naturel, cela représenterait des volumes de 13 Gm3 de gaz à acheter sur le marché mondial du gaz liquéfié, soit 15 % de plus par rapport aux importations de 2009 (le Japon a importé 86 Gm3 en 2009 - source Cedigaz). Le Japon pourrait également se tourner vers le charbon ou le pétrole pour répondre aux besoins du secteur électrique. Rappelons que le secteur nucléaire représentait 34 % environ de la production totale d'électricité.

  • Le marché européen du gaz est-il affecté ?

Le marché du gaz naturel liquéfié (GNL) qui permet le transport du gaz sur de grandes distances est devenu un marché mondial avec des arbitrages possibles entre le marché européen et le marché asiatique. Le marché américain pour sa part est devenu quasi-autonome avec la "révolution" des gaz de schistes. Le prix européen spot est donc dépendant des conditions internationales, la situation actuelle ayant un impact haussier. Le prix anglais, référence en Europe, se situe actuellement à 25,5 €/Mwh (10,5 $/MBtu) en hausse de près de 10 % depuis le 8 mars. Il se rapproche désormais des prix indexés au pétrole ou aux produits pétroliers utilisés dans les contrats à long terme du marché continental. C'est un tournant alors que depuis la crise ces deux marchés étaient largement déconnectés (Moyenne 2010 – Marché anglais : 17 €/Mwh ; Contrats indexés ~ 22,9 €/Mwh).

  • A-t-on une visibilité pour les mois à venir ?

La visibilité n'a jamais été aussi faible pour les marchés compte tenu de la situation au Japon d'un côté et au Maghreb ou au Moyen-Orient de l'autre. Faire des anticipations aujourd'hui est plus que délicat.

L'incertitude japonaise, au-delà des conséquences humaines impossibles à prévoir, est majeure. L'impact d'abord du tsunami a lourdement touché la région nord-est qui représenterait 8 % du PIB. C'est le premier élément qui affecte l'économie japonaise en partie paralysée. Le second facteur tout aussi dramatique est lié à l'accident nucléaire dont les conséquences sur l'activité du pays sont aujourd'hui imprévisibles. Les hausses envisagées des importations pétrolières et gazières doivent donc être considérées avec prudence.

Au niveau mondial, la croissance économique, anticipée à 4,2 % par le FMI en janvier dernier, est susceptible d'être affectée dans des proportions difficilement mesurables actuellement.

  • Quel est l'impact des évènements en cours au Maghreb et au Moyen-Orient ?

La situation du Maghreb et du Moyen Orient reste un sujet d'inquiétude. Si certains pays comme le Maroc entament une ouverture progressive, la situation en Libye se détériore lourdement avec un impact potentiellement durable pour les 1,6 Mb/j produits par ce pays avant la crise. Au Bahreïn, l'état d'urgence vient d'être déclaré au lendemain de l'arrivée de troupes du Golfe, déploiement militaire condamné par l'Iran.

Pour compléter ce tableau, notons les risques au Nigeria avant les élections générales d'avril, avec des menaces sur les installations pétrolières évoquées par le Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger (Mend). Le Nigeria fait partie, avec bien sûr l'Arabie Saoudite et quelques autres membres de l'OPEP, des pays susceptibles d'augmenter leur production face à la défaillance libyenne.

  • Quel rôle pour l'OPEP ?

Aucune décision n'a été prise collectivement à ce jour, la prochaine réunion n'étant prévue que le 2 juin, sous présidence iranienne dans un climat probablement tendu. L'OPEP ajuste toutefois régulièrement sa production en fonction du niveau de la demande. Les dépassements de production se situent à plus de 2 Mb/j au-dessus des quotas de production définis en décembre 2008. Dans son dernier rapport, l'OPEP rapporte d'ailleurs une production record de 30 Mb/j en février, dépassant celle de décembre 2008. D'après les dernières données de l'Agence Internationale de l'Énergie, l'Arabie Saoudite a augmenté sa production de 0,4 Mb/j entre décembre et février, et les Émirats Arabes Unis de 0,1 Mb/j, compensant largement le déclin de la Libye (- 0,2 Mb/j environ en moyenne sur février).

Le problème majeur est lié à la décroissance des marges de production (estimées désormais à 4 Mb/j) si la production libyenne devait durablement ralentir. Cela constituera un facteur de tension pour le marché, sauf retournement significatif de la demande mondiale. Le marché est actuellement en équilibre instable entre ces deux facteurs, haussier d'un côté, baissier de l'autre.

  • Des tendances pour le long terme ?

Évoquons d'abord un scénario optimiste, qui reste envisageable, d'une reprise forte à terme de la croissance au Japon liée à la reconstruction, à l'image de ce qui s'était produit après le séisme de Kobé en 1995. La croissance économique avait ainsi atteint 1,9 % l'année du séisme, puis 2,6 % en 1996 contre 0,8 % 2 ans auparavant.

De façon plus générale, l'ensemble des évènements en cours aura à l'évidence des implications majeures sur les politiques énergétiques. Deux axes restent prioritaires, évoqués avant la crise dans le cadre des préoccupations liées au changement climatique : l'efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables. La capture du CO2 pour les centrales électriques reste également une option sérieuse pour l'avenir. Enfin, un contexte géopolitique plus tendu serait de nature à renforcer les options nationales, biocarburants de deuxième génération par exemple. IFPEN inscrit sa démarche de R&D et de déploiement industriel dans cette vision.

Prix du pétrole - Janvier 2008 à Mars 2011 (Brent)

Prix du pétrole - Janvier 2008 à Mars 2011 (Brent)

Les raisons de la hausse récente du prix des carburants
La hausse régulière du prix du Brent depuis fin septembre constitue le facteur premier d'explication. De 77 $/b le 17 septembre, il est passé à 114 $/b le 11 mars, date des derniers relevés connus pour le prix des produits avec le record de 1,51 ct/l pour l'essence.
Dans le même temps, l'Euro a un peu progressé (de 1,31 à 1,38 $, soit + 5%) mais pas dans des proportions suffisantes pour compenser la hausse de près de 50 % du pétrole. Exprimé en Euro, le pétrole se situe ainsi à 83 €/b (soit 0,52 €/l) contre 59 €/b (soit 0,37 €/l) en septembre. Cette progression de l'ordre de 0,15 €/l se retrouve actuellement dans le prix de l'essence et du gasoil (aux effets marché des produits près).
Il convient de noter que le prix actuel en Euro est proche des sommets atteints mi-2008, expliquant le rapprochement des prix à la pompe. L'Euro se situait à près de 1,6 $, ce qui avait permis de jouer un rôle très important d'amortisseur en 2008.
(1 baril représente environ 159 l).

Raffineries affectées par le seisme

Cartes des installations de raffinage, de GNL et des centrales nucléaires

Cartes des installations de raffinage, de GNL et des centrales nucléaires


Source PAJ (Petroleum Association of Japan)

Les installations GNL seraient en marche en dehors du terminal de Sendai.

Les installations GNL seraient en marche en dehors du terminal de Sendai.


Source Japan Gas Association

2 - Installations GNL au Japon


Source WNA (World Nuclear Association)

 

ligne de séparation

Archive / précédente édition du Rendez-vous avec Guy Maisonnier :

- FÉVRIER 2011
- DÉCEMBRE 2010 - Comprendre les variations du prix du pétrole
- OCTOBRE 2009
- JUIN 2009
- MAI 2009

ligne de séparation

+ Les clés pour comprendre > Le contexte économique > Le prix du pétrole
+ Les grands débats > Quel avenir pour le pétrole ?
+ Actualités > Communiqué de presse : Les raisons de la hausse du prix du pétrole à 100 $/b - L'analyse d'IFP Energies nouvelles (2 Février 2011)
En savoir plus...

application/pdf Contexte pétrolier 2010 et tendances (PDF - 800 Ko )

Recherche et production du pétrole et du gaz

Recherche et production du pétrole et du gaz

Réserves, coûts et contrats

Jean-Pierre FAVENNEC, Nadine BRET-ROUZAUT

(nouvelle édition : revue, actualisée et enrichie)

Editions Technip
Liste de liens externes

Liste de liens

  • Imprimer la page

Suivre IFP Energies nouvelles (IFPEN)

sur Twitter

sur YouTube