D'après une étude que vient de réaliser IFP Energies nouvelles, l'industrie parapétrolière mondiale affiche une activité qui progresse de manière significative pour la troisième année consécutive. Pour ce qui est des entreprises françaises de ce secteur, leur chiffre d'affaires s'accroît de 21 % en 2006, pour s'établir à 23 milliards de dollars. IFP Energies nouvelles fait le point sur cette tendance qui devrait se poursuivre jusqu'en 2008-2009.
Nathalie Alazard, Directeur des Études Économiques* d'IFP Energies nouvelles, répond à nos questions.
N.A. : L'industrie parapétrolière regroupe l'ensemble des sociétés de service pétrolier. Elles réalisent, pour le compte des compagnies pétrolières, les travaux d'étude et de construction nécessaires à l'exploitation des gisements d'hydrocarbures. Ces sociétés exercent des activités très diverses, de la réalisation d'études sismiques à la construction d'unités de raffinage, en passant par la conception d'équipements et d'outils de forage. Elles sont également impliquées dans le forage des puits, ainsi que dans la conception et la réalisation de plates-formes. Malgré la faiblesse de nos réserves de pétrole, le secteur parapétrolier français s'est hissé au 4e rang mondial en terme de chiffre d'affaires et réalise 95 % de ses recettes à l'étranger. Une performance remarquable qui s'explique par le haut niveau technologique des entreprises françaises, entretenu par des programmes de recherche et développement ambitieux. IFP Energies nouvelles n'est d'ailleurs pas totalement étranger à cette réussite ! L'engagement d'IFP Energies nouvelles, depuis sa création, dans la valorisation industrielle des résultats de ses recherches est à l'origine de la création de nombreuses entreprises parapétrolières, qui sont devenues pour certaines des multinationales. C'est notamment le cas de Technip (1er groupe français et 4e mondial). Si nous voulons maintenir notre avance technologique dans ce domaine, il est important de continuer à investir dans la recherche et de former des ingénieurs compétents, comme nous le faisons notamment à IFP Energies nouvelles.
N.A. : On assiste à une augmentation annuelle des investissements mondiaux en exploration-production de + 25 % depuis deux ans (plus de 267 milliards de dollars en 2006). L'augmentation des investissements est d'abord et principalement la conséquence de la hausse du prix du baril : le pétrole, mais aussi le gaz naturel, se valorisent mieux et l'activité liée à l'exploration et la production de ces ressources s'accroît. Une autre part de la hausse des investissements est imputable à l'augmentation des prix des services et des coûts des matières premières : ainsi en mer, la demande pour de nouveaux forages est si importante que les taux journaliers de location des appareils de forage se sont envolés. On considère que 30 à 50 % de l'augmentation des investissements est liée, sur les deux à trois dernières années, à cet accroissement des prix et des coûts. La hausse de l'activité touche également le secteur du raffinage ; à l'échelle mondiale, les capacités de transformation du brut en produits pétroliers, notamment en carburants, sont aujourd'hui très tendues, au même titre que les capacités de production. Les marges des industriels du secteur atteignent des niveaux rarement connus par le passé, une situation qui incite à l'étude d'investissements dans de nouvelles installations.
N.A. : Il est certain que la Chine, de plus en plus consommatrice d'énergie, cherche à assurer par tous les moyens la sécurité de ses approvisionnements. La Chine a d'abord développé un secteur pétrolier national qui a mis en place des infrastructures d'exploration, de production et de transport de pétrole dans le pays. Les ressources nationales étant insuffisantes à la satisfaction de la demande interne - rappelons que le pays est importateur net de pétrole et de produits pétroliers depuis 1992 -, les compagnies chinoises veulent aujourd'hui élargir leur champs d'action et accéder à de nouvelles réserves. Elles sortent donc du territoire national pour prendre des permis dans d'autres grands pays producteurs où elles viennent concurrencer les groupes pétroliers internationaux. On observe le même phénomène dans le secteur parapétrolier. Opérant jusqu'ici sur le territoire national, les parapétroliers chinois développent désormais aussi leurs activités à l'étranger. D'abord fournisseurs de services de base à faible valeur ajoutée (forage à terre, acquisition et traitement de sismique à terre, construction de coque de FPSO**), ils cherchent aujourd'hui à étendre leur offre à des services à contenu technologique plus important. Ainsi le spécialiste d'études sismiques chinois BGP, qui dispose à lui seul d'une centaine d'équipes sismiques terrestres - soit 20 à 25 % des équipes dans le monde -, se lance dans l'acquisition et le traitement d'études sismiques en mer. Dans un domaine de plus en plus concurrentiel, le parapétrolier français ne peut survivre et se développer qu'en maintenant son avance technologique et en continuant d'investir dans la recherche.
* La Direction des Études Économiques d'IFP Energies nouvelles est devenue Direction Économie et Veille en Février 2008.
** FPSO : Floating, Production, Storage and Offloading. Système flottant de production, stockage et déchargement de pétrole.

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