Le drame vécu par le Japon, le séisme et le tsunami du 11 mars suivis par l'accident nucléaire majeur, a des implications pour le secteur énergétique mondial. Une incertitude supplémentaire pour le marché : l'évolution de la situation au Maghreb et au Moyen-Orient qui reste encore largement imprévisible.
Guy Maisonnier, économiste à IFPEN, nous livre une analyse des répercussions possibles dès cette année sur les marchés pétroliers et gaziers.
Les événements du Maghreb et du Moyen-Orient pèsent sur le prix du pétrole
Le prix du Brent, en hausse régulière liée à une vision positive du contexte économique depuis août 2010 (72 $/b), est fortement impacté par les événements en cours au Maghreb et au Moyen-Orient. Après avoir franchi la barre des 90 $/b à la mi-décembre, le prix du Brent n'a cessé de progresser sous l'effet des événements en Tunisie en décembre, puis en Égypte en janvier et en Libye en février. De 100 $/b début février, le prix du Brent a atteint 110 $/b le 23 février, 115 $/b le 4 mars et 120 $/b le 4 avril à mesure que le risque d'enlisement en Libye s'accentuait.
Le prix du pétrole reflète à la fois les perturbations du marché liées au contexte libyen...
La hausse brutale des prix à partir du 22 février résulte des perturbations dans les livraisons de brut libyen. L'impact sur la production de brut libyen (1,6 Mb/j avant la crise soit 1,7 % de la production mondiale de pétrole), estimé entre 30 et 70 % fin février est désormais très important. Les premières estimations font état de seulement 0,3 Mb/j produit en mars.
L'une des conséquences du conflit réside dans le contrôle des terminaux pétroliers. Les voies d'exportation situées à l'ouest du pays assuraient des livraisons de 0,5 Mb/j pour le terminal pétrolier près de Sidra et de 0,2 Mb/j pour celui de Ras Lanouf. Le contrôle, aujourd'hui incertain de ces sites, est un objectif important.
... et le risque de contagion et de déstabilisation régionale
Dès le début des événements dans la région mi-décembre, le marché pétrolier a intégré l'éventualité d'une contagion compte-tenu des revendications tant sociales que politiques, voire religieuses dans certains pays. Le scénario envisagé se confirme avec des mouvements observés en Algérie (1,8 Mb/j), au Yémen (0,3 Mb/j), à Bahreïn, en Oman (0,8 Mb/j) et désormais en Syrie (0,4 Mb/j). Une incertitude demeure sur la stabilité à venir en Iran (3,7 Mb/j) ou en Arabie Saoudite (8,6 Mb/j).
La baisse de la production de pétrole en Libye impacte essentiellement l'approvisionnement européen
L'Europe qui absorbait l'essentiel des exportations de pétrole libyen (1,5 Mb/j en janvier 2011) est la zone la plus touchée. Le niveau de dépendance par pays atteint 20 % pour certains pays (Italie, Irlande, Autriche) et autour de 15 % pour d'autres (Suisse, France, Grèce).
Le problème de la qualité des bruts libyens, à la fois légers et peu soufrés, peut affecter quelques raffineries très dépendantes, mais globalement des bruts de qualité équivalent e (Moyen orient, Afrique, mer du Nord ou CEI) sont disponibles sur le marché. Cela ne fait toutefois que renforcer la prime accordée par les marchés à ces qualités de pétrole brut.
La compensation du recul des exportations libyennes, source de tension sur le prix
Face au recul des exportations libyennes plusieurs pays membres de l'OPEP ont augmenté leur production. C'est le cas de l'Arabie Saoudite (avec 9 Mb/j en février, soit une augmentation de + 0,1 Mb/j par rapport à janvier) et dans une moindre mesure des Émirats Arabe Unis ou du Koweït.
Les premières données pour le mois de mars font état d'un léger recul de la production de pétrole de l'OPEP de l'ordre de 0,3 Mb/j, toutefois largement inférieur au retrait libyen de l'ordre de 1 Mb/j.
Ces réajustements ont pour effet de réduire fortement les capacités excédentaires de production disponibles au sein des pays de l'OPEP. De 4,9 Mb/j estimées en décembre par l'Agence Internationale de l'Énergie (AIE), elles sont tombées à 4 Mb/j en février et devraient à nouveau reculer en mars. Cela constitue un facteur de tension pour le marché dans la mesure où ces capacités excédentaires représentent une sécurité. Leur diminution réduit les marges de manœuvre ce qui pèse sur le prix.
Une instabilité durable constitue un scénario envisageable
L'évolution de la situation politique en Libye, les mouvements de contestation en particulier dans des pays pétroliers majeurs (Algérie, Iran, Arabie Saoudite) ou au Nigeria, les relations régionales entre l'Iran et le Conseil de Coopération du Golfe (CCG), constituent autant de paramètres qui influenceront les cours du pétrole dans les mois voire les années à venir.
Le recul de la production de pértrole libyen a abouti à une augmentation de 25 à 35 $/b si l'on se réfère au prix d'équilibre d'avant crise (entre 80 et 90 $/b).
De nouvelles déstabilisations renforceraient fortement ce phénomène vers des niveaux difficilement chiffrables.
Un impact réel mais mal appréhendé du prix du pétrole sur l'économie mondiale
Les nouvelles perspectives mondiales du Fonds Monétaire International (FMI) publiées début avril font état d'un maintien du niveau de croissance à 4,4 % avec quelques ajustements mineurs, en baisse pour le Japon (effet Tsunami) et les États-Unis et en hausse légère pour l'Union européenne.
Ces prévisions reposeraient sur un prix moyen du pétrole (moyenne Brent, WTI, Dubaï) de 95 $/b soit 5 $/b de plus par rapport à celui retenu dans le dernier rapport du FMI de janvier. Si tel était le cas, il s'agirait d'un scénario optimiste alors que ce prix évolue actuellement à environ 113 $, soit près de 20 $ au dessus.
L'impact de cet écart potentiel de 20 % sur la croissance mondiale est assez mal connu, estimé entre 0,4 % et 1,4 % de moins sur le PIB suivant les hypothèses considérées. Le poids des dépenses pétrolières supplémentaires pour les pays OCDE s'établirait quant à lui à 0,5 % du PIB, poids significatif par rapport à une croissance anticipée de l'ordre de 2,4 % en 2011.
Le prix au niveau actuel constituerait à l'évidence un frein pour l'économie avec des risques à terme d'inflation et de hausse des taux d'intérêt.
>> les perspectives de l'économie mondiale (site web du FMI)
Le marché européen du gaz est peu affecté en volume par la situation en Libye
Le 22 février, la compagnie italienne ENI annonçait la suspension des livraisons de gaz libyen via le gazoduc Greenstream situé à l'ouest du pays. Les livraisons de gaz libyen estimées à 10 milliards de mètre cube (Gm3) représentent 13 % des importations de l'Italie, et de l'ordre de 4 % des importations nettes de l'Europe (250 Gm3 en 2009).
Au niveau européen, les volumes en cause sont donc relativement faibles et peuvent être compensés sans difficulté par d'autres fournisseurs, Russie, Algérie ou Qatar en particulier.
Un effet actuellement limité de la crise nucléaire japonaise sur le marché européen du gaz
Après le Tsunami du 11 mars et l'hypothèse d'un recours accru à des achats de gaz naturel liquéfié (GNL), le prix spot anglais avait fortement progressé pour atteindre 25,8 €/MWh (10,5 $/MBtu) se rapprochant du prix long terme indexé 26,5 €/MWh (10,8$/MBtu).
Il est depuis retombé autour de 22,3 €/MWh (9,2 $/MBtu) faute de tensions avérées sur le marché européen du GNL. La mise en service récente du gazoduc Medgaz de 8 Gm3 entre l'Algérie et l'Espagne contribue en partie à cette détente.
Les besoins japonais de GNL, encore incertains, pourraient être plus faibles que ce qui était initialement envisagé. TEPCO a ainsi indiqué récemment des besoins portant sur 10 bateaux supplémentaires pour les trois prochains mois, ce qui représente des volumes de 1 Gm3 environ mensuellement.
Une partie pourrait être fournie grâce à la flexibilité des contrats long terme. Le prix spot GNL en Asie reste néanmoins sous pression à 12 $/MBtu contre un peu plus de 9 $/MBtu avant la crise.
L'Europe est caractérisée par la coexistence de deux marchés du gaz
Les prix des contrats long terme sont mécaniquement impactés par la hausse tendancielle du prix du pétrole depuis 2009. Ils ont gagné 14 % environ en 2010 (à 23 €/MWh soit 8,9 $/MBtu) et pourraient encore progresser de 26 % en 2011 (à 29 €/MWh soit 11,8 $/MBtu) sur la base des cours actuels du pétrole (autour de 115 $/b).
Le prix spot NBP est également en hausse depuis mi 2009 en raison des évolutions du prix du charbon (de 70 à 120 $/t environ). La progression a ainsi été très forte avec la reprise économique de 2010 (+ 44 % à 17 €/MWh, soit 6,6 $/MBtu) et sur la base des cotations actuelles, une nouvelle hausse de plus de 40 % est envisageable cette année.
Le prix long terme resterait malgré tout plus élevé, avec un écart de 16 % contre 35 % en 2010. La renégociation de la formule tarifaire française a pour objectif de tenir compte de ces écarts au profit du consommateur.
Un risque de convergence des prix ?
Une convergence des prix spots et des prix long terme reste envisageable si , au delà de la Libye, de nouvelles tensions touchaient d'autres pays d'Afrique ou du Moyen Orient exportateurs de gaz. Cela aboutirait aussi probablement à une hausse du prix du pétrole susceptible d'entrainer une spirale à la hausse très importante pour le marché gazier.
Il convient également de prendre en compte les mesures européennes concernant les centrales nucléaires, en particulier en Allemagne avec la fermeture provisoire de 7 centrales adoptée le 17 mars. L'impact sur le marché du gaz en volume ne serait pas énorme, mais contribuerait à la pression si le contexte devenait plus tendu.
Les 6 paramètres influençant le prix des produits pétroliers en france
La hausse des produits pétroliers depuis septembre 2010 est liée à la progression du prix du pétrole brut
La hausse régulière du prix du Brent depuis fin septembre constitue le premier facteur expliquant la progression du prix des produits pétroliers.
De 77 $/b le 17 septembre, il est passé à 114 $/b le 11 mars, date du prix record de 1,51 ct€/l pour l'essence.
Dans le même temps, l'Euro a un peu progressé (de 1,31 à 1,38 $, soit + 5%) mais pas dans des proportions suffisantes pour compenser la hausse de près de 50 % du prix du pétrole brut. Exprimé en Euro, le pétrole se situe ainsi à 83 €/b (soit 0,52 €/l) contre 59 €/b (soit 0,37 €/l) en septembre. Cette progression de l'ordre de 0,15 €/l se retrouve actuellement dans le prix de l'essence et du gazole.
La convergence des prix par rapport à 2008 liée à l'effet Euro
Il convient de noter que le prix actuel en Euro est proche des sommets atteints mi-2008, expliquant le rapprochement des prix à la pompe. En 2008, l'Euro se situait à près de 1,6 $ contre 1,4 $ actuellement, ce qui avait permis de jouer un rôle très important d'amortisseur.
Le marché du gazole était à l'époque sous pression, ce qui explique pourquoi il n'y a pas actuellement convergence des prix sur ce produit contrairement à l'essence.
Un Effet Euro très variable depuis la crise de 2008
L'Euro connait de fortes fluctuations depuis la crise de 2008. Effet d'amortissement sur le pétrole entre mars 2009 (1,3 $) et novembre 2009 (1,5 $), effet négatif ensuite jusqu'en juin 2010 (1,2 $) et effet neutre depuis octobre 2010, évoluant autour de 1,3 à 1,4 $.
Une forte autonomie du marché des produits pétroliers
Les ratios essence sur Brent et gazole sur Brent permettent de mettre en lumière les mouvements spécifiques sur le marché des produits. La demande américaine d'essence comme les échanges États-Unis-Europe ou Russie-Europe peuvent en particulier fortement impacter le marché des produits. Après les fortes perturbations de 2008, ces ratios retrouvent des valeurs plus proches des tendances historiques depuis 2009. Le marché de l'essence est plutôt en-dessous de ses valeurs moyennes depuis décembre 2010 (retournement en cours).
Evolutions identiques des prix du pétrole et des produits pétroliers
Globalement, les marchés du pétrole et des produits pétroliers suivent des tendances lourdes identiques.
Les éléments déterminants pour le prix des produits seront donc :
- MARS 2011
- FÉVRIER 2011
- DÉCEMBRE 2010 - Comprendre les variations du prix du pétrole
- OCTOBRE 2009
- JUIN 2009
- MAI 2009
Contexte pétrolier 2010 et tendances
(PDF - 800 Ko
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Recherche et production du pétrole et du gazRéserves, coûts et contratsJean-Pierre FAVENNEC, Nadine BRET-ROUZAUT (nouvelle édition : revue, actualisée et enrichie) |

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